1405 : Début des grandes expéditions maritimes chinoises de l’amiral Zheng He qui, jusqu’à la dernière croisière de 1433, atteignent sans doute l’actuelle Tanzanie. Avec leurs énormes moyens (somptueuses jonques et milliers d’hommes), face aux coques de noix et aux flottes étiques des Ibériques, pourquoi n’ont-ils pas « découvert » l’Amérique ?
1415 : la conquête au Maroc de la ville de Ceuta (aujourd’hui enclave espagnole), de son port à l’entrée du détroit de Gibraltar, marque le début de l’expansion coloniale portugaise. Ce petit peuple de marins (900 000 habitants environ vers 1400) se taille au siècle suivant un vaste empire maritime.
1519 : Succédant aux banquiers italiens du Quattrocento, les Fugger assurent l’élection de Charles Quint à l’Empire. Trois autres jeunes souverains (François Ier, Henri VIII et Soliman le Magnifique) vont lui disputer l’hégémonie. - Magellan, mort en chemin, reste associé au premier tour du monde de l’histoire qui ramène en Espagne (1522) une poignée de marins exsangues. - H. Cortés conquiert l’Empire aztèque et refonde Mexico. Il est puissamment aidé par la variole qui semble avoir tué près de 40 % des 200 000 habitants de la capitale Tenochtitlan.
Le capitalisme, balbutiant dans les cités-États italiennes, va peu à peu prendre corps :
– avec l’appui de virus – variole, grippe, rougeole – qui provoquent une hécatombe (en un siècle, 90 % de la population amérindienne estimée à 60 millions disparaît) parmi ceux qui n’avaient jamais été exposés aux pandémies européennes et africaines. Cet « avantage biologique » européen aboutit à la dramatique création d’un Nouveau Monde [MANN 13] interconnecté ;
– avec le commerce en direction de la Chine (Galion de Manille), économie prépondérante de l’époque, qui absorbe la moitié du métal argent extrait des mines d’AL. En contrepartie, elle vend
des produits de qualité (soie, porcelaine, thé, etc.) fabriqués « industriellement » et réclamés en
Europe ;
– avec les premières sociétés par actions que sont « l’East India Company » (Londres 1600) et la « Vereenigde Oostindische Compagnie » (VOC, PB 1602). Ces puissances émergentes vont d’ailleurs évincer peu à peu Espagnols et Portugais qui contrôlaient jusqu’alors comptoirs et routes maritimes ;
– avec des aliments de base comme la pomme de terre, qui va peu à peu s’implanter en Europe. Au 18e siècle, dans tout le continent, jusqu’aux confins de la Russie, un véritable engouement se développe pour ce tubercule facile à cultiver et à conserver. Cette culture, en libérant le peuple des disettes, renforce les États, nourrit leurs soldats et accompagne leurs armées dans des conquêtes plus lointaines. Au 19e siècle, la stabilité alimentaire acquise grâce à cette patate offre aux empires coloniaux la possibilité de s’étendre et de dominer une grande partie du monde. Elle devient aussi le principal soutien de la révolution industrielle, offrant une nourriture abordable aux ouvriers toujours plus nombreux à se presser dans les villes, au plus près des usines.
▼ BIHR Alain, Le premier âge du capitalisme (1415-1763), page 2/ Syllepse 2018 (3 tomes) ; CROSBY Alfred, The Columbian Exchange : Biological and Cultural Consequences of 1492, 30th Anniversary Edition, Greenwood Publishing Group (1972) 2003 ; MANN Charles, 1493 – Comment la découverte de l’Amérique a transformé le monde, Albin Michel 2013 ; MARX Karl, Oeuvres – Économie I, 8e section « L’accumulation primitive » (pages 1167/ 1171), La Pléiade 1963 ; NOREL Philippe et TESTOT Laurent, Une histoire du monde global, éd. Sciences Humaines 2012 [chapitre « L’hégémonie européenne, un contre-récit » pages 149/ 166] ...