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Article du Journal Nemzetör livre d’Andy ANDERSON
Article mis en ligne le 17 janvier 2022
dernière modification le 27 janvier 2022

EXIL

Nous traînerons la boue de Hongrie, souillée de sang, sur les tapis de vos salons.
C’est en vain que vous nous accueillez dans vos foyers — nous demeurons sans foyer. C’est en vain que vous nous habillez dans de nouveaux habits. Nous sommes toujours en haillons. Dès maintenant, vous avez devant vous cent mille points d’interrogation.
Si vous voulez vivre dans l’illusion d’une paix trompeuse, ne faites pas attention à nous. Dans nos rues, il a encore des pavés pour construire des barricades. Dans nos forêts, on peut toujours tailler de solides gourdins. C’est encore la conscience en paix que nous affronterons les fusils.
Mais si vous nous prêtez attention, alors écoutez. Et enfin comprenez. Nous ne voulons pas seulement témoigner des souffrances du peuple hongrois dans sa lutte pour la liberté. Nous voulons attire l’attention de tous les hommes sur une verité simple : la liberté ne peut être obtenue que par la lutte.
La paix n’est pas uniquement l’absence de guerre. Aucun peuple n’a désiré plus passionnément la paix que le nôtre. Mais il ne faut pas que ce soit la paix de la soumission : celle-ci implique la complaisance envers l’oppression. Nous promettons au monde que nous demeurerons les apôtres de la liberté.
Tous les travailleurs, qu’ils soient socialistes ou même communistes, doivent enfin comprendre qu’un Etat bureaucratique n’a rien à faire avec le Socialisme.

Nemzetör, numéro du 15-1-1957

Source :

Texte tiré de « Nemzetör, numéro du 15-1-1957 », du bouquin fouillé d’Andy ANDERSON, Hongrie 1956 – Les Conseils ouvriers, Spartacus (1964) 1986, page 1.

La caricature – reproduite dans Les Héros de Budapest de Phil CASOAR et Eszter BALAZS, Les Arènes 2006, page 120 – montrant un quidam arrêté par des agents de la police politique AVH, est aussi parue dans ce journal d’exilés à Munich, publié de fin 1956 à 2000.

Source : ???????
Hongrie 1956 : la commune de Budapest : les conseils ouvriers ...
https://in.b-ok.as › book

« Le mérite d’Andy Anderson, c’est d’avoir fouillé en profondeur les innombrables sources de l’époque, pour en dégager les deux points essentiels de son ouvrage. Il a démystifié Nagy, donc les intellectuels et les appareils de l’État et du Parti qui lui étaient. favorables (ce qui plus tard devait apparaître comme la « nouvelle classe » technocratique des pays capitalistes d’État, les préfigurateurs des Dubcek et consorts), en en faisant voir les rapports avec la classe ouvrière et les organisations autonomes qu’elle a mises sur pied pour son combat. En effet, on se trouve devant deux types de sources de l’époque (mis à part les ouvrages de propagande pro-occidentale et la propagande d’origine soviétique, laquelle apporte cependant nombre d’arguments a contrario). Les premiers ouvrages sont écrits le plus souvent par des gens dont on ne peut nier les opinions de gauche et qui ont, dans certains cas, vécu les événements. Mais ce sont des intellectuels, et leurs sympathies de classe à l’égard de Nagy les conduit souvent à travestir la réalité du rôle dirigeant de cet homme d’appareil. D’autre part, comme l’a souligné Anderson, les intellectuels ont manqué de contact avec les ouvriers ; ce manque se traduit encore après l’événement par une minimisation des actes déterminants de la classe ouvrière. C’est ainsi que, le plus souvent, les conseils ouvriers sont à peine évoqués, tandis que la « libéralisation », le « nationalisme », le « patriotisme », la liberté de pensée, l’héroïsme des partisans, etc... sont soulignés avec force détails. Enfin, en conséquence de ce qui précède, les intellectuels n’ont conçu d’alternative, au stalinisme et au capitalisme qu’en termes de parti, de gouvernement, d’organisations (2) ; leurs limites les ont naturellement conduits à accorder leurs faveurs à la « nouvelle voie polonaise » vers le capitalisme d’État de Gomulka (comme en 1968 à celle d’Ota Sik). Quatorze ans plus tard, les événements de Gdansk et de Szczecin devaient leur donner un démenti éclatant. (2) Voir à ce propos l’introduction de Jean-Paul Sartre, alors crypto-stalinien, dans le numéro spécial des Temps Modernes consacré à l’événement.

Le deuxième type de sources, c’est la somme imposante de tout ce qui a été écrit ou dit à l’époque : journaux, revues, tracts, publications, communiqués officiels, émissions de radio (Radio-Moscou, Radio-Budapest ou Kossuth sous le contrôle successif de Gerô, de Nagy et de Kàdàr, les radios libres de province), les déclarations verbales de réfugiés. Pour découvrir les éléments qui, dans tout ce fatras inaccessible au commun des mortels, permettent d’étayer les deux points mentionnés plus haut, il fallait se livrer à un véritable travail de fouille. Certes, des ouvrages ont paru, imposants à tous points de vue, qui tentaient de rassembler un maximum de sources de toute origine, mais ils n’avaient nullement la prétention d’en dégager la moindre leçon politique ou autre (3). »

« Une foule de livres ont été publiés sur la personnalité d’Imre Nagy. […] Ainsi, Tibor Méray nous présente un Nagy prisonnier (au sens propre du terme) de la clique de Gerô jusqu’à la « démission » de ce dernier par les Russes, et contraint d’exécuter ses volontés. Ce n’est que plus tard qu’il aurait été libre de ses mouvements et de ses paroles. Mais force nous est de constater que Radio-Kossuth (Budapest), qui passa sous le contrôle de son gouvernement après l’élimination de Gerô, continua sans arrêt à émettre des appels et des ultimatums visant à faire déposer les armes. Pour toute réponse, la classe ouvrière, surtout en province, par la voix de ses organes de lutte (les Conseils) et d’expression (les radios libres) demandait la satisfaction préalable de ses revendications. Ce n’est qu’à la fin du mois que le gouvernement, toujours via Radio-Kossuth, apporta un appui bien opportuniste aux Conseils, essayant même d’en reprendre le dessein à son compte. Il est bon de souligner au passage que l’écrivain Gyula Hày se fit également l’apôtre de la remise des armes, dans une allocution prononcée à Radio-Kossuth. »

On peut prendre connaissance de l’excellent travail d’Anderson sur ce lien




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