1769-1815, basculement mondial
Article mis en ligne le 12 février 2021
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Au début de la RF*, sur une population de 28 Mh* (dont 85% de ruraux), le clergé comptait environ 150 000 membres, la noblesse 300 000. Le Tiers état, considérant qu’il représentait les 98 centièmes de la Nation déclara former une « Assemblée nationale » le 17 juin 1789. Voici un bref rappel chronologique :

1769 : la mise au point du métier à filer d’Arkwright comme de la machine à vapeur par James Watt va précipiter le Royaume-Uni (environ 10 Mh) dans la « révolution industrielle ». Avec près d’un siècle d’avance, elle va s’imposer comme « atelier du monde ». A la fin de la guerre de Sept Ans (1756-1763), premier conflit mondial, elle a déjà ravi à la France son empire colonial (Inde et Canada). Elle se hisse alors au rang d’arbitre – animant différentes coalitions contre la RF et l’Empire – par sa puissance financière, maritime et coloniale. – Naissance de Bonaparte.
 
1773 : importante révolte paysanne de Pougatchëv en Russie.– « Boston Tea Party », début de la guerre d’Indépendance US (fin en 1783) : les Fils de la Liberté jettent à la mer le thé de la Compagnie des Indes anglaise. – Les derniers tomes de l’Encyclopédie (17 volumes de textes et 11 de planches explicatives au total), « tableau général des efforts de l’esprit humain », sont publiés en Suisse.

1789 : assemblées locales pour rédiger cahiers de doléances et élire les députés des Etats généraux, réunis pour sortir de l’impasse budgétaire royal (février/ avril). – Affamées, 6 000 femmes de la Halle et du Faubourg St-Antoine partent à Versailles. Le lendemain, 30 000 Parisien(ne)s ramènent la famille royale aux Tuileries (5/ 6 octobre). – Les Biens nationaux – ceux de l’Église et des nobles émigrés – sont mis en vente. Ce gigantesque (10% du territoire) transfert de propriété va profiter à la bourgeoisie urbaine et à certains paysans [BEAUREPAIRE 67].

1791 : Louis XVI est rattrapé à Varennes (juin). – Fusillade du Champ de Mars ; le journal de Marat est interdit ; le club des Jacobins implose : les députés modérés veulent sanctuariser libéralisme économique et propriété alors que les « bras nus » souffrent des hausses de prix (juillet). – Sous la direction de Toussaint Louverture, insurrection victorieuse des esclaves de St-Domingue (août).

1792 : Robespierre et Marat contre la guerre qui vient : « Égaré par les discours captieux de Brissot, […] et d’autres fripons vendus à la cour, séduit par un faux tableau des forces nationales, enivré des fumées de la jactance gallique, le peuple ne paraît pas moins désirer la guerre que ne le font ses implacables ennemis. […] elle est toujours à mes yeux le plus cruel des fléaux qui puisse fondre sur le royaume. […] elle laissera le champ libre aux ennemis du dedans pour machiner à leur aise et souffler dans tous les points du royaume les feux des dissensions civiles, […] achèvera de dilapider les biens nationaux et d’accélérer la banqueroute publique ; elle consommera la perte de tout ce que la France renferme de bons citoyens […], car ce sont les plus zélés partisans de la révolution qui ont volé et qui voleront toujours à la défense des frontières… » [AP 633]. - Manifeste du duc de Brunswick qui promet de livrer Paris à « une exécution militaire et à une subversion totale » s’il était fait le moindre outrage au roi (juillet). – Assaut de Fédérés provinciaux et des faubourgs parisiens contre le château des Tuileries, défendu par des mercenaires suisses : fin de la monarchie et début de la Commune insurrectionnelle qui restera un pouvoir concurrent pour toutes les Assemblées jusqu’en 1794 (10 août). – Victoire de Valmy des citoyens-soldats. Ce coup d’éclat protège la RF de l’invasion (septembre).

1793 : exécution du roi (21 janvier). – La Convention décrète la levée en masse de 300 000 « volontaires » ; elle abolit l’esclavage, rétabli par Bonaparte en 1802 (février). – Une délégation de blanchisseuses s’invite à la Convention : « Le savon, qui autrefois coûtait 14 sous la livre, revient aujourd’hui à 22 sous ; quelle différence ! Législateurs, vous avez fait tomber sous le glaive des lois la tête du tyran ; que le glaive des lois s’appesantisse sur la tête de ces sangsues publiques, sur ces hommes qui se disent perpétuellement les amis du peuple et qui ne le caressent que pour mieux l’étouffer. » [HAZAN 220]. – Vaste insurrection des départements de l’Ouest contre la conscription massive des célibataires de 18 à 25 ans : cette rébellion vendéenne est d’abord jacquerie paysanne, guérilla (celle des Chouans) avant de prendre forme contre-révolutionnaire (mars). – Envoi de représentants en mission ; création du Tribunal révolutionnaire et du Comité de Salut public (mars/ avril) : un nouvel État se structure – Victoire de Fleurus qui ouvre l’Europe à la conquête (juin). – Assassinat de Marat (13 juillet). La Terreur est « mise à l’ordre du jour » (septembre). – Victoire républicaine contre les Vendéens à Cholet ; exécution à Paris de 21 Girondins (octobre). – Jacques Roux incarcéré, le club des Républicaines fermé définitivement, les « Enragés » sont écartés alors que leur programme (réquisition et taxation) semble accepté grâce à la dynamique populaire.

1794  : exécution d’Hébert et de dirigeants du Club des Cordeliers (mars). – Danton et la faction des « Indulgents » sont guillotinés à leur tour en avril ; la dynamique sans-culotte est brisée et, St-Just, lucide déclare : « La Révolution est glacée ». – Coup de force contre Robespierre le 9 thermidor ; il est exécuté le jour suivant (28 juillet) avec ses partisans. De nombreuses sections n’ont pas bougé !

1795 : échec des (dernières) journées insurrectionnelles du 1er avril et 20 mai. C’est la fin de la pression sans-culotte  ; la « gauche » est complètement désorganisée par les épurations successives et la fermeture des clubs, dont celui des Jacobins, qui l’a privé d’un organe de liaison nationale. – Début du Directoire ; Bonaparte général en chef de l’armée de l’Intérieur ; la place de la Révolution devient celle de la Concorde. – Terreur blanche dans certains départements (Lyon, Bouches-du-Rhône) : des compagnons de Jehu royalistes ou des familles de victimes de l’An II se vengent. – En Angleterre, une foule de « peut-être 200 000 Londoniens envahit les rues … et le carrosse du roi est assailli aux cris de « A bas Pitt ! », « A bas la guerre ! » « A bas le roi ! » [THOMPSON 187].

1796 : Sylvain Maréchal souhaite, dans le Manifeste des Egaux, une « autre révolution bien plus grande … et qui sera la dernière. […] Nous réclamons, nous voulons la jouissance commune des fruits de la terre : les fruits sont à tout le monde … ». – Les partisans de Babeuf conspirent pour renverser le Directoire. Dénoncée, l’aventure échoue. Babeuf arrêté en mai est exécuté, avec Darthé, un an plus tard.

1805 : à Trafalgar, l’Angleterre devient maîtresse des mers pour un siècle. – Le Consulat (1799-1804), puis les débuts de l’Empire apparaissent comme consolidation d’une Nation-Etat moderne. La France des notables, des propriétaires fonciers et des pères de famille succède à la France vermoulue des privilèges féodaux. Mais la démesure des ambitions napoléoniennes va redécouper et éclabousser de sang le monde – entre 4 et 7 millions de civils et de militaires ont été tués [MIKABERIDZE 869]. Mais l’énorme mobilisation populaire de 1792-1794, l’enthousiasme et les anticipations universelles sur nombre de questions (démocratie, subsistances et propriété, religion, guerre, esclavage, femmes) ne pouvaient rester sans lendemain !

*RF = Révolution française ou République française (la 1er) … Mh = millions d’habitants … [THOMPSON 187] = nom d’historien avec sa page ; [AP 633] = L’Ami du Peuple d’avril 1792 … « De l’hiver 1793 au printemps 1794, en pleine Terreur, une violente répression est mise en place par les forces républicaines. Dans les villes, et en particulier à Nantes, environ 15 000 personnes sont fusillées, noyées ou guillotinées sur ordre des représentants en mission, tandis que dans les campagnes environ 20 000 à 50 000 civils sont massacrés par des colonnes infernales, qui incendient au passage nombre de bourgs. Les derniers chefs vendéens se soumettent ou sont exécutés entre janvier et mars 1796. […] En 2007, sous la direction de Jacques Hussenet, un nouveau bilan, arrive au chiffre d’environ 170 000 morts pour les habitants de la Vendée militaire entre 1793 et 1796, soit environ 22 à 23 % des 755 000 habitants que comptaient les territoires insurgés avant le conflit. Parmi les victimes figureraient environ 20 à 25 % de républicains. En 2014, Jean-Clément Martin juge que l’estimation donnée par Jacques Hussenet « semble raisonnable et fondée ». Alain Gérard salue également ces recherches, qui selon lui mettent « fin à près de deux siècles de chiffres en délire ». (Wiki)

Adresse individuelle à l’Assemblée nationale, par des Citoyennes de la capitale, 6 mars 1792
Législateurs,
Tout semble nous annoncer un choc violent et prochain : nos pères, nos époux et nos frères seront peut-être victimes de la fureur de nos ennemis : pourrait-on nous interdire la douceur de les venger, ou de mourir à leurs côtés ? […] à moins que l’on ne prétende que la Déclaration des Droits n’a point d’application pour les femmes, et qu’elles doivent se laisser égorger comme des agneaux, sans avoir le droit de se défendre ; car, croit-on que les tyrans nous épargneraient ? Non, non : ils se souviendraient des 5 et 6 octobre. […] Pourquoi donc n’emploierait-on pas pour terrasser l’aristocratie et le despotisme toutes les ressources du civisme et du zèle le plus pur, de ce zèle que des hommes froids pourront bien qualifier de fanatisme et d’exagération, mais qui n’est que le résultat naturel d’un cœur brûlant de l’amour du bien public. […] Messieurs, voici ce que nous espérons obtenir de votre justice et de votre équité :
1e) La permission de nous procurer des piques, des pistolets et des sabres … »

Signé : LEON fille (suivent plus de 300 signatures)

LEON Pauline (1768-1838) participe aux manifestations de rues de mi-juillet 1789, puis fréquente le club des Cordeliers. Elle signe un certain nombre de pétitions (réclamant la mort du roi ; l’arrestation des Girondins, la distribution de terres aux soldats et du pain pour les « hommes de peine ». Elle est sans doute l’auteure de l’Adresse ci-dessus (Cf. GUILLON Claude, Notre patience est à bout, IMHO 2009 ; texte intégral pages 114/ 117).

Dans la colossale bibliographie, aperçue dans les « 50 mots clefs » de Michel Péronnet, j’ai cueilli : 
BEAUREPAIRE Pierre-Yves et MARZAGALLI Silvia, Atlas de la Révolution française – Un basculement mondial (1770-1804), Autrement 2016 [Une vue géographique et temporelle large de l’évènement] ; COQUERY-VIDROVITCH Catherine, Les routes de l’esclavage, Albin Michel 2021 [Conseillère historique des 4 épisodes éponymes de la Compagnie des Phares et balises/ Arte] ; GODINEAU Dominique, Citoyennes tricoteuses – Les femmes du peuple à Paris pendant la Révolution française, Perrin 2004 [La référence sur l’irruption des femmes dans la vie publique] ; GUERIN Daniel, La Lutte de classes sous la Première République, Gallimard 1968 [Foudre de 1180 pages. Un concentré Bourgeois et bras-nus (1793-95) a été réédité par Libertalia en 2013] ; MARTIN Jean-Clément, La Terreur – Part maudite de la Révolution, Gallimard 2010 [Nombreux documents sélectionnés par un érudit]

Le spécialiste des « Enragés » Claude GUILLON anime un blog historien épatant : La Révolution et nous et, bien entendu, des compléments seront disponibles sur le site du CRAS (Centre de Recherche sur l’Alternative Sociale) sans lequel cette modeste compilation serait vaine …

Critiques constructives et autres demandes à : marjo1792@free.fr

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